Interview 20 ans de la Saturn – Bertrand Amar

Lors de la préparation du 20ème anniversaire de la sortie japonaise de la Saturn pour Satakore.com, j’avais réuni quelques interviews de personnes du milieu du Jeu Vidéo pour avoir leur ressenti par rapport à cette machine qui me tient tant à coeur. En ce mois de juillet 2015, soit 20 ans après la sortie Européenne, et après avoir déjà publié quelques entretiens, voici celui de Mr Bertrand Amar, animateur / producteur d’émissions et de documentaires consacrés aux jeu vidéo. En charge du traitement du jeu vidéo sur la radio NRJ, dans le magazine Télé 7 Jours et animateur sur la Coca-Cola zero Gaming Zone de Melty.fr http://www.melty.fr/CCZgamingzone/

Bonjour Mr Amar et tout d’abord, merci de bien avoir voulu répondre à nos questions.

1-Que faisiez-vous en 1994-1995 ?

Je commençais à peine à la télévision puisque je rentrais sur Canal J en avril 1994 pour y traiter le jeu vidéo tout en poursuivant des études de cinéma à l’université Paris 8


Faut que ça saute (spécial Dreamcast) par Nico4271

2-Vous souvenez-vous de la date précise a laquelle vous êtes devenu l’heureux possesseur d’une Saturn? Quel bundle ou quel premier jeu avez-vous choisi ?

Puisque je traitais le jeu vidéo sur Canal J je suivais de près ce qui se passait au Japon en 1994 avec la Saturn et la Playstation qui allaient arriver en 95 chez nous.  La Saturn je l’ai donc reçue au printemps 95 dans sa version américaine et à sa sortie à l’été 95 en version PAL. Avec cette console c’était vraiment l’arcade de Sega qui débarquait à la maison. N’étant pas un fan de baston je me moquais un peu de Virtua Fighter, en revanche le jeu dont je me souviens c’est Sega Rally. J’étais dingue de ce jeu en arcade et pouvoir y jouer à la maison était incroyable. J’avais dans le même esprit aussi beaucoup aimé Daytona USA pour les mêmes raisons.

 

3-Que représentait pour vous le passage à cette génération et qu’en attendiez vous ?

Cette nouvelle génération de consoles 32 bits était révolutionnaire dans le sens ou le jeu 3D arrivait dans les foyers. Dans le cas de Sega c’était l’arcade qui sortait des salles pour arriver dans nos salons. Il faut se rendre compte qu’à cette époque les salles d’arcade avaient vraiment la côte. C’était le début glorieux de la chaine de salles d’arcade La Tête dans les Nuages et on dépensait nos francs dans des jeux comme Sega Rally, Daytona, Virtua Fighter, Manx TT Superbike , Virtua Striker…autant de jeux qui arrivaient sur Saturn.

4-Voyez-vous des points communs entre la compétition que se sont livrées la Saturn et la Playstation, puis la N64, avec celle d’aujourdhui?

La 64 est arrivée après la PSone et la Saturn ce qui ne l’a pas aidé. La Wii U, est pour sa part, arrivée avant la PS4 et la Xbox one et c’est aussi ce qui lui a nuit puisqu’elle s’est retrouvée dépassée techniquement par rapport à ces nouvelles consoles. Donc oui on constate qu’à l’époque, comme aujourd’hui, la vraie bataille se déroule entre les deux consoles qui sont vraiment opposées frontalement, la PSone et La Saturn en 1995 ou la PS4 et la Xbox One aujourd’hui, alors que Nintendo avec son approche différente et son catalogue si spécifique ne se bat pas trop contre les autres.

5-Comment interprétiez-vous alors, à titre personnel, l’échec de la console de SEGA sur les territoires occidentaux et le succès, global, de la Playstation ?

Il faut se rendre compte que jusqu’à la Playstation le jeu vidéo était considéré comme un loisir pour enfants ou, au mieux, pour ados. Les communications de Nintendo et Sega ont toujours été très « jeunes » et leurs héros aussi qu’il s’agisse de Mario ou de Sonic. De son côté Sony avait l’image d’une société high tech qui avait des marques très fortes comme le Walkman ou le Discman. Sony était une marque adulte et classe et d’un coup, son arrivée dans le monde du jeu vidéo, a fait passer celui-ci à l’âge adulte. De nombreux ados qui avaient grandi ont eu envie de tourner la page des marques de leurs enfance pour choisir l’image moderne de Sony et de sa Playstation. Par ailleurs certaines personnes qui n’avaient pas de consoles 16bits ont été séduites par cette approche classe et moderne de la Playstation et se sont mises au jeu video qui devenait « branché ». Bref la Saturn, à part ses eux d’arcade, n’avait pas beaucoup d’arguments pour lutter contre la « hype » de la Playstation. Je pense aussi que le design de la console n’a pas aidé… On a tout de suite senti que Sega n’y arriverait pas avec cette console. Il n’y a pas vraiment eu de suspens.

6-Et avec le recul, à quoi les attribueriez-vous?

Au-delà de l’image, le timing était mauvais pour Sega qui est sorti en Europe en juillet 1995 alors que tout le monde attendait la Playstation pour septembre. Entre les vacances et le fait que la PSone sortait deux mois plus tard pour un prix bien moindre, la sortie de la Saturn s’est faite dans une certaine indifférence et lorsque la Playstation est arrivée à la rentrée, plus personne ou presque n’avait envie d’une Saturn.

7-La réputation de sa ludothèque japonaise n’est plus à prouver. A quelle occasion avez-vous franchi le pas vers l’import?

A cette époque les jeux sortaient encore largement plus tôt au Japon que chez nous et puisque la langue n’est pas vraiment importante dans les jeux d’arcade on prenait plaisir à jouer aux jeux Saturn dès leur sortie japonaise.

8-Pourriez vous me citer 3 jeux qui vous ont marqués à l’époque et 3 autres découverts sur le tard. Et une déception en particulier?

Sega Rally, Daytona et Nights pour son pad avec le stick analogique. Je me souviens aussi de Panzer Dragon, Virtua Cop ou Clockwork Knight.

9-Une petite anecdote peut-être ?

Une petite info pour les fans de la Saturn. Lorsque Sega devait sortir le jeu de foot Sega Worldwide Soccer ils n’avaient pas les licences officielles des équipes et donc SEGA France avait donné à Sega Japon des noms de Français pour constituer l’équipe de France du jeu. Sega avait en fait envoyé des noms de journalistes et c’est pour cela qu’ il y a dans l’équipe de France un certain Lacombe (Marc Lacombe, alias Marcus) ou un joueur qui s’appelle Amar. Et oui je suis dans un jeu SEGA et c’est ma grande fierté !

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