Chakan | Rest will come another day

Paru en 1992, Chakan suscite un véritable culte chez une poignée d’admirateurs. Le pitch, adapté d’un comic book de Robert A. Kraus un peu confidentiel y est sans doute pour quelque chose :

Chakan était un brillant alchimiste et un épéiste hors du commun, capable selon lui de défaire la Mort elle même épée au poing. Celle-ci le prit au mot et lui promit l’immortalité s’il la battait en duel. S’il était vaincu en revanche, il devrait servir la Mort et devenir son esclave sans âme pour l’éternité. Après un combat de plusieur jours, l’impensable se produisit. Grâce à une botte particulièrement audacieuse, Chakan parvint à vaincre sa redoutable adversaire et se vit récompensé immédiatement. La Mort lui accorda l’immortalité, et, avec un rire qu’on imagine diabolique, tira l’as caché dans sa manche. Chakan ne mourrait jamais, il errerait pour l’éternité parmi les royaumes infernaux, chassant inlassablement les démons qui y grouillent. Portant sur son visage celui de la Mort elle même, il vivrait l’existence d’un damné, condamné à vaincre les seigneurs démons pour enfin retrouver la paix. Hélas, la Mort veille, et chaque fois qu’il dépassera le temps imparti par un monstrueux sablier, il devra recommencer son oeuvre destructrice encore et encore.

Pas mal ! Je sais qu’à l’époque c’est ce qui m’avait convaincu de l’acheter, plus que les notes plutôt moyennes qu’il avait récolté. Ed Annunziata, à la tête de l’équipe créative n’est pas un habitué des ambiances étranges et sombres, on le connaît surtout pour les jeux Spiderman, D&D Warriors of the Eternal Sun tous deux sur Megadrive, Kolibri sur 32X et surtout, le célèbre Ecco the Dolphin, c’est pas la même chose !

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Chakan est un platformer-action avec un soupçon d’aventure. Il rappelle par certains points, le singulier jeu X-Men de 1993 sur Megadrive. Le damné devra parcourir les deux plans de l’élémentaire et ce avec un but précis, et inédit jusqu’alors dans un jeu vidéo : mourir ! Pour de bon. La progression n’est pas linéaire, ce qui pousse le joueur à faire des choix stratégiques, car il arrivera d’être bloqué si l’on n’a pas récolté l’objet adéquat donnant à notre héros des capacités supplémentaires. Ainsi, armé du grappin il pourra s’accrocher à des prises ici et là pour atteindre des zones que même le double saut (avec roulade et même tourbillon de lames si besoin est) ne permettait pas d’accoster. Le marteau permet de casser certains murs, la hache certaines portes, et la faux…fauche les toiles d’araignées infranchissables autrement. En plus de ses armes, Chakan peut compter sur la magie alchimique dans laquelle il excelle. En mélangeant diverses potions, il peut améliorer son ordinaire : doubler la hauteur de ses sauts, régénérer, retourner le sablier, doter son épée de flammes (classe !), devenir invisible ou invincible… Il y a de quoi faire et ce n’est pas du luxe ! Utiliser les sorts à bon escient est impératif pour parvenir à compléter la quête du damné au chapeau. Car en plus des ennemis qui grouillent littéralement dans les niveaux, il faudra également éviter à tout prix de chuter dans le vide, dans la lave ou dans des puits enflammés.

C’est en effet un jeu terriblement difficile. Chakan ne peut pas mourir, s’il perd son énergie (matérialisée par des crânes spectraux du plus bel effet), il disparaît avec son hurlement caractéristique et ressuscite dans le donjon qui sert de hub pour rejoindre les différents niveaux. On a droit à 4 mondes, divisés en deux plans (primaires et secondaires) chacun constitués de 3 parties avec un boss, redoutable, l’un des démons, à la fin de chaque série de 3. C’est classique, chaque monde représente un élément : l’eau, la terre, l’air et le feu.

A la fin, il faudra de nouveau affronter la Mort, pas très contente de revoir le héros, et cette fois-ci, terminées les vies : il faudra gagner au premier coup, sinon, retour au point de départ ! Ignoble ! La tâche est plus que rebutante, on peut tricher un peu pour obtenir les potions infinies, mais ça n’est pas la réussite assurée pour autant. Heureusement, le jeu est sauvé par son ambiance incroyable.

Les graphismes glauques, vont du très moche au pas mal du tout, voire au spectaculaire dans certains niveaux au look torturé et lors de certains affrontement contre les boss aux designs travaillés et originaux. Les ennemis de base quant à eux sont souvent moins inspirés. Les musiques, sont étranges, sombres, avec ce son caractéristique de la Megadrive qui ajoute ici quelque chose d’acide aux morceaux. Les bruitages sont singuliers, parfois ratés, mais d’un genre qu’on n’entendra que dans ce jeu, grinçants, mornes, discordants. Il suffit des les entendre des années après pour se remémorer tout le jeu d’un coup. L’animation, à part la démarche résolue et sinistre du héros très réussie, est quant à elle plutôt sommaire.

Ce qui donne au jeu son statut culte, c’est ce design étrange, ce personnage terriblement charismatique, ses ambiances sonores curieuses et surtout cette quête éternelle. L’intro du jeu, façon comic-book est mémorable, tout autant que l’apparition sous l’orage de la silhouette de notre héros. Son cri qui retentit dés l’apparition du logo Sega, qui se colore simultanément en un rouge infernal, pose immédiatement le décor. De même, avant l’arrivée de Chakan dans un niveau, il nous est donné à lire un texte toujours réussi où le héros expose la nature du démon qu’il va combattre, ainsi que les promesses de mort qu’il leur fait, remplies de haine et de détermination.

Unique, rebutant autant que captivant, Chakan est d’une difficulté ahurissante, soulignons le une dernière fois. Néanmoins, c’est un jeu auquel il est intéressant de se confronter et qui possède une réelle identité. Il n’a pas remporté un succès fracassant, pourtant une suite était prévue sur Dreamcast, hélas, on connaît l’histoire de ces consoles qui n’ont pas la chance d’avoir remporté le prix de la longévité.

Précédemment publié sur SensCritique. Retrouvez Chakan sur Guardiana !

2 comments

  1. j’y ai joué par hasard a l’époque et quelle surprise. le jeu au premiers abord est détestable (prise en main difficile, graphisme sombre). mais au fil du jeu avec l’ambiance autant sonore que visuelle le jeu charme. c’est surtout cette fin wtf qui m’a laissé un super souvenir 🙂

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