Interview 20 ans de la Saturn Régis Monterrin

Lors de la préparation du 20ème anniversaire de la sortie japonaise de la Saturn pour Satakore.com, j’avais réuni quelques interviews de personnes du milieu du Jeu Vidéo pour avoir leur ressenti par rapport à cette machine qui me tient tant à coeur. On continue ce mois ci avec l’entretien de Régis Monterrin, également connu sous le pseudo Manga (qu’il utilise quelque chose comme 1999 et la création de différents sites web dont l’un dédié à Shenmue). Au cours de son parcours, Régis est passé par de multiples magazines : GameFan, Retro Game, Consoles News, Gameplay 128, We Move, Gameplay RPG, RPG Online, Kids’Mania, Mega Duel, Pokémon Mag, Nintendo l’Officiel, Consoles +, VideoGamer, Role Playing Game, Pix’n Love (co-auteur de l’Histoire de Sonic et participation de multiples ouvrages), Omaké Books (quelques collaborations avec Florent), Japanimlive.fr et dernièrement il a intégré l’équipe de Joypad.fr. Il rédige et capture aussi des émissions pour le programme « Retro & Magic » sur la chaîne de télé Nolife. A part ça, il a un blog qui est un peu son espace de liberté à cette adresse : www.terredejeux.net.

1-Que faisiez-vous en 1994-1995 ?

Pfiou, ça remonte. J’étais en plein dans mes années collège. J’ai repiqué ma sixième et je crois que je suis arrivé au lycée en septembre 1997, donc à cette époque, j’étais en 5e ou quelque chose du genre. J’étais passionné de dessin et je voulais me diriger vers des études d’animateur ou dessinateur de bandes dessinées, mais cette ambition a vite été freinée par deux éléments : des profs « titulaires » (on les appelait comme ça) prônant la voie de l’uniformisation (un mal bien français ça) et un coût totalement incompatible avec ce que pouvaient gagner mes parents. En somme, la vie lambda d’un écolier lambda.

2-Vous souvenez-vous de la date précise a laquelle vous êtes devenu l’heureux possesseur d’une Saturn? Quel bundle ou quel premier jeu avez-vous choisi ?

En fait, mon histoire avec la Saturn a commencé assez tôt. L’une de mes cousines sortait avec un vrai passionné de jeux vidéo, qui n’hésitait pas à tout acheter. Il a rapidement eu la Saturn, la PlayStation et j’ai découvert Virtua Fighter très peu de temps après sa sortie japonaise. Je me suis pris une véritable tarte dans la tronche, si bien que j’ai tout fait pour me procurer une console japonaise. Je ne sais plus trop comment j’ai réussi à l’obtenir (en vendant un paquet de jeux + des économies il me semble et ça coûtait une blinde !), mais je me souviens avoir eu également la version européenne de la console, le modèle 2, avec le pack SEGA Rally / Worldwide Soccer 97 à 990 francs. J’avais deux consoles, une jap’ et une européenne et j’ai même acheté une ST Key (avec Street Fighter The Movie – oui bouh ! – et Virtua Fighter Kids) dans un des magasins La Trocante.

3-Pourquoi avoir misé sur la nouvelle SEGA ?

La raison est simple : j’étais féru de cette marque depuis la Master System. J’étais d’ailleurs très attiré par la Mega Drive, mais c’est finalement la Super Nintendo que j’ai possédé en premier. Cela ne m’a pas empêché de jouer énormément à la 16 bits de SEGA chez des potes. En tant que lecteur assidu des magazines de l’époque, mon regard s’est très vite tourné vers la Saturn et je n’ai plus lâché cette idée.

4-Que représentait pour vous le passage à cette génération et qu’en attendiez vous ?

Il suffisait de lire les magazines pour s’apprêter à prendre une véritable baffe dans la tronche. A mon sens, le jeu vidéo n’aura plus jamais de révolution aussi marquée que le passage de la 2D à la 3D. Toute notre perception était modifiée et les jeux étaient hallucinants de beauté et de technique pour l’époque. C’était vraiment l’arcade à la maison, encore plus sur Saturn ! Sans rire, j’ai dû regarder l’intro de Wordwide Soccer 97 des centaines de fois. A chaque fois que je lançais le jeu, j’avais du mal à la couper. Mais bien avant cela, Virtua Fighter, Panzer Dragoon ou encore Daytona USA m’ont littéralement décroché la mâchoire. J’aimerais, l’espace d’un instant, revivre ces moments. Mes yeux brillaient comme un gamin de 3 ans alors que j’étais ado.

5-Voyez-vous des points communs entre la compétition que se sont livrées la Saturn et la Playstation, puis la N64, avec celle d’aujourd’hui?

L’époque n’est plus la même, notamment en terme d’informations, mais on retrouve certaines similitudes. On dit souvent que la troisième console est une étape difficile pour un constructeur. Dans l’Histoire du jeu vidéo, c’est arrivé régulièrement. Nintendo a morflé avec sa Nintendo 64 (je mets de côté les consoles portables), SEGA a mal négocié le virage Saturn, Sony a souffert avec sa PlayStation 3 avant de se reprendre et il semblerait que Microsoft éprouve aujourd’hui quelques difficultés (relatives, hein) avec sa Xbox One. Par ailleurs, une vraie bataille se joue entre les trois constructeurs aujourd’hui (même si Nintendo suit un autre chemin, ils vont devoir réagir s’ils ne veulent pas finir sur un échec encore plus prononcé que celui de la Gamecube, console que j’adore d’ailleurs) et rappellent un peu la fameuse « Guerre des consoles » de l’époque 32/64 bits. C’était le bon vieux temps. Les choses ont toutefois évolué et la notion d’exclusivité n’est plus aussi marquée qu’autrefois. Il y en a toujours, mais en moindre quantité. Alors que sur Saturn et PlayStation, c’était de la folie à ce niveau.

6-Comment interprétiez-vous alors (c’est à dire à cette époque), à titre personnel (ou à votre échelle), l’échec de la console de SEGA sur les territoires occidentaux et le succès, global, de la Playstation ?

Je pestais chaque mois devant mon magazine Joypad, voyant que les jeux Saturn étaient de moins en moins nombreux. Heureusement, j’achetais Mega Force qui parvenait à débusquer des tests de jeux Saturn, avec parfois de belles grosses daubes. J’en venais à apprécier des jeux pourtant défoncés par la presse, comme FIFA 98 (hideux sur Saturn mais génial à mon sens) ou encore Jurassic Park : The Lost World. J’avais beau avoir une Saturn japonaise, c’était compliqué d’obtenir des jeux nippons dans le Morbihan (j’y vis encore et je travaille de chez moi depuis toujours). Ils y avaient quelques boutiques qui faisaient de l’import mais les jeux n’étaient pas nombreux et surtout, je n’avais pas les moyens de m’acheter un jeu chaque mois ! Je me suis vite tourné vers l’occasion en espérant que SEGA allait débarquer avec une nouvelle console plus tard. Ce n’est que bien des années après que je me suis intéressé à cet échec occidental de la Saturn et au succès, colossal, de la PlayStation (console que j’appréciais d’ailleurs, mais j’y jouais chez des potes, je ne retrouvais pas le « sel » des jeux SEGA dans les productions Play).

7-Et avec le recul, à quoi les attribueriez-vous?

Pour m’être penché sur la question à de multiples reprises (notamment quand j’ai rédigé la partie historique de L’Histoire de Sonic), il y a énormément de facteurs qui entrent en compte dans cette lutte Saturn/PlayStation et dans le dénouement de cette confrontation. Déjà, SEGA Corporation au Japon a continuellement torpillé sa propre branche US, SEGA of America. Ensuite, Hayao Nakayama, toujours obnubilé par le succès de la Mega Drive et son dédain de la concurrence, a fait modifier la Saturn quelques mois avant sa sortie sans se concerner avec les développeurs. Hideki Sato et ses 27 ingénieurs, la Away Team, ont dû batailler comme des malades pour que la console puisse afficher de la 3D. Lutter contre Sony de cette manière n’était pas une mauvaise idée, mais ce fut un désastre car le développement de jeux Saturn devint un calvaire. Le moindre effet sur Saturn demandait un temps considérable alors qu’il était quasi pré-programmé sur PlayStation. Sony ayant plus d’argent et de moyens en marketing et promotion, il n’a pas fallu longtemps que le multi combo facilité de développement/parc bien installé/pubs à gogo/exclusivités soit fatal à SEGA. C’est simple, on pourrait en écrire un roman tant les erreurs et les aberrations se sont succédées à l’époque. Et pourtant, la Saturn, bien exploitée, peut devenir un véritable monstre en matière de 3D. Ce ne sont pas les anciens membres de  Lobotomy Software qui diront le contraire.

8-La réputation de sa ludothèque japonaise n’est plus à prouver. A quelle occasion avez-vous franchi le pas vers l’import?

Très tôt. J’ai découvert la console et Virtua Fighter grâce au mec de ma cousine. La console est sortie en novembre 94, il me semble l’avoir tâté genre avant la fin décembre de cette même année. Une fois en possession de la console Saturn en version japonaise, j’essayais pas tous les moyens de me procurer des jeux et comme le copain de ma cousine en achetait un paquet en import, j’ai réussi m’en faire prêter pas mal. Sur Paris et dans les grandes villes, l’import était sans doute très commun… mais ce n’était vraiment pas le cas en province, il fallait batailler et surtout se contenter de quelques titres. C’est d’ailleurs pour cette raison que je me suis pris la ST Key dans un premier temps et une Saturn européenne par la suite.

9-Pourriez vous me citer 3 jeux qui vous ont marqués à l’époque et 3 autres découverts sur le tard. Et une déception en particulier?

Assurément, SEGA Rally pour son gameplay hallucinant. On passait des après-midi entières avec l’un de mes cousins à jouer à ce jeu. On faisait des scores de malade et comme on avait le même niveau, cela donnait lieu à des confrontations incroyablement serrées. C’était génial ! Second titre à m’avoir marqué, je ne peux oublier Nights into Dreams pour son originalité et son ambiance démentielle. Quelle beauté et quelles musiques ! Pour terminer, il m’est impensable de ne pas citer Worldwide Soccer 97 car j’y ai passé des tonnes d’heures avec l’un de mes frangins, féru de foot. Ce mix entre arcade et simulation et ces animations nous ont procuré un plaisir de malade ! C’est vraiment triste de voir ce qui est arrivé à cette licence par la suite. SEGA l’a littéralement massacré sur Dreamcast.

10-Un petit mot sur notre portail partenaire satakore.com?

Oh simple ! Sur la Saturn, il s’agit à mon sens de la référence absolue en la matière. Tout fan de SEGA et/ou de la console se doit d’avoir Satakore.com dans ses favoris. Mon compère de toujours, Asta (qui gère le blog Terre de Jeux avec moi), a d’ailleurs fait des reviews et des vidéos sur ce site indispensable. La base de données et le travail accompli méritent plus que le coup d’œil. C’est définitivement LA référence sur la console.

Encore merci pour cette interview Régis, et promis on se dit à très vite pour d’autres interventions sur notre site 🙂

One comment

  1. Super interview ! Il est vraiment intéressant d’avoir l’avis et les anecdotes de Régis à propos de la Saturn. On replonge dans nos propres souvenirs et le contexte vidéo-ludique de l’époque.

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