Interview 20 ans de la Saturn Jibé Jarraud

Cette semaine, nous avons eu la chance d’interviewer Jibé Jarraud, rédacteur qui a travaillé pour Game Fan, Retro Game Mag, Pix’n Love, il gère le site Ze Player.com, a participé à la création du podcast Les Tauliers (Radio Kawa), et rédacteur en chef en second de Retro Vers Le Futur.


1-Que faisais-tu en 1994-1995 ?

Je terminais le Lycée avec un peu de retard (l’Amstrad 6128 a eu raison de ma cinquième le salaud ).


2- Te souviens-tu  de la date précise a laquelle vous êtes devenu l’heureux possesseur d’une Saturn? Quel bundle ou quel premier jeu avais-tu choisi ?

La date précise non, mais je l’ai achetée courant 1996 en occasion avec quelques jeux. Mon cousin l’avait achetée dès sa sortie, donc j’ai fait mes premières armes sur la sienne.

3-Pourquoi avoir misé sur la nouvelle SEGA ?

J’ai eu une chance folle cependant, J’étais ami avec un gérant de magasin de jeux vidéo qui faisait de l’import. Et comme je faisais de l’import déjà sur Mega Drive et Super Famicom, j’ai rencontré pas mal de joueurs qui avaient déjà de belles collections. Ils sont aujourd’hui des proches. Au magasin, il y avait nombre de jeux importés. Beaucoup de bizarreries, de la daube comme de véritables trésors. Plus personnellement, j’ai retrouvé dans la Saturn la digne héritière de la PC Engine vu la catastrophe de sa successeur la PC FX. Ainsi les jeux très nippons, les dessins animés, le délire permanent avaient fait mouche. On avait des choses similaires sur Playstation japonaise, mais non c’est bien sur Saturn que je retrouvais ça. Plus important l’environnement de la machine. La patte SEGA, l’ambiance, les musiques. Ce que je ne retrouvais pas chez Sony, normal ils n’avaient pas d’identité forte à l’époque.

Et puis, Virtua Fighter, Panzer Dragoon, Daytona USA étaient irrésistibles.

4-Que représentait pour toi le passage à cette génération et qu’en attendais tu ?

La 3D et le son CD. On avait déjà l’habitude d’une qualité sonore. La Super Famicom, la Neo Geo et surtout l’Amiga offraient en amplitude sonore épatante. Quand on a eu accès au lecteur CD de la PC Engine, on passait dans un autre univers. On a eu les balbutiements de la 3D sur consoles 16 bits et micros, mais on voyait les jeux véritablement 3D en arcade. Je souhaitais retrouver des machines qui puissent offrir dans mon salon la parfaite fusion de tout cela. Avoir des jeux riches visuellement, et pas qu’en 3D justement. Le graphisme 2D façon dessin animé était enfin une réalité.

5-Vois-tu des points communs entre la compétition que se sont livrées la Saturn et la Playstation, puis la N64, avec celle d’aujourd’hui?

Nullement. La concurrence de l’époque était intéressante car les identités des machines et constructeurs étaient marquées. Une Saturn n’était pas une Playstation qui n’avait rien à voir avec la Nintendo 64. Chacune avait ses jeux et ses qualités et ça ouvrait à des débats pleins de mauvaises fois entre fans de l’une ou de l’autre. Aujourd’hui les machines sont génériques. Elles ont toutes les mêmes jeux, et leurs exclusivités peu nombreuses n’ont rien qui me les font acheter. C’est pour cela que je joue sur PC et Wii U. Mais jamais je ne mettrai la machine de Nintendo en compétition avec les deux autres. Leur affrontement est purement économique, là où l’on avait la sensation d’une guerre ludique lancée dès les 8 bits, quand bien même elle fut déjà économique. Question d’approche.

6-Comment interprétais-tu alors (c’est à dire à cette époque), à titre personnel (ou à ton échelle), l’échec de la console de SEGA sur les territoires occidentaux et le succès, global, de la Playstation ?

J’étais très peiné. Je jouais beaucoup sur Playstation, mais la Saturn avait ma préférence quand bien même  il y avait bien plus de bons jeux chez Sony. C’était un amour contrarié. Je tentais de la défendre. En vain. Dès qu’une cinématique ne pixellisait pas je la montrais. (Dragon Ball Z Legends , Riglord Saga 2).

Je voyais l’échec en France. Des jeux au compte-gouttes mal promotionnés, alors que c’était l’abondance au Japon.

Un sentiment d’abandon était bien présent. De SEGA à la presse, la Saturn occidentale était délaissée…

7-Et avec le recul, à quoi les attribuerais-tu ?

La communication et la localisation. Sony a compris comment séduire la masse, là où SEGA peinait en communiquant comme pour la Megadrive. Un train de retard.  Il y a eu des erreurs lamentables. Aux Etats-Unis, la Saturn a bénéficié de nombreuses localisations de RPG grâce à l’éditeur Working Design. Le genre devenait de plus en plus populaire y compris en France, et nous n’avons pas eu grand chose. Importation US obligatoire. Incompréhensible. Pire, quand Final Fantasy VII est sorti, Grandia se montrait également. Aucune localisation n’a été faite. Bilan c’est sur Playstation deux ans après que l’on a pu y jouer en anglais…

Et comment ne pas pester sur Tomb Raider qui est à la base une exclusivité Saturn ? Aucune promotion, le jeu sort et ne se révèle qu’une fois adapté  sur Playstation.

Sega Japan n’a pas su correctement gérer ses antennes mondiales. A un moment donné un sursaut s’est fait avec la sortie de la seconde version de la Saturn, accompagnée de Sega Rally et Virtua Fighter 2. Belle aubaine, mais trop tard. Les pubs télé étaient mauvaises, SEGA n’a pas su vendre sa console. Et puis il faut bien reconnaître que la Playstation avait pour elle des graphismes bien meilleurs et une ludothèque plus sexy.

Elle est à mes yeux l’héritière de la Super Famicom, bien plus séduisante que la Megadrive. Pourtant SEGA avait réussi à tenir tête à Nintendo. Si on compare les stratégies de ces deux époques, on voit bien que SEGA n’était pas aussi violent, aussi innovant que pour sa 16 bits.

 

9-Peux-tu 3 jeux qui t’ont marqué à l’époque et 3 autres découverts sur le tard. Et une déception en particulier?


Les deux premiers Panzer Dragoon ( on va dire que ça fait un ) m’ont retourné. Les graphismes, l’univers, les musiques fantastiques qui oscillent entre espoir et tragédie.

Victory Goal 96 est un formidable souvenir. Moi qui déteste le football y ai passé des heures dessus. Un soir on le ramène du magasin, on le met dans la machine et l’introduction chantée nous cloue. Générique façon animé jap nous étions conquis. Plus fort, les équipes de la J-League avec des mascottes super colorées dont celle des Gamba dessinée par Susumu Matsushita, l’artiste des couvertures du magazine Famitsu.
Les commentaires hilarants, le jeu très arcade. Le bonheur.

Nights Into Dreams était magique. L’univers charmant, les musiques merveilleuses. C’était le jeu que je montrais aux détracteurs de la Saturn. «  T’as vu les effets de lumières ? T’as vu le monde en 3D totale ? » évidemment avec la mauvaise foi qui me caractérise:)
On avait le pack avec l’abominable pad, tout aussi injouable que de belle qualité. Je m’en moquais, il était chouette ce mauvais pad. Puis quand sa version Christmas est arrivée j’avais encore plus d’étoiles dans les yeux. C’est le jeu que sort quand j’ai le blues. Dix minutes de jeu et ça va mieux.

Sur le tard c’est Crows un beat them up complètement con et fort amusant, Keio Flying Squadron 2, un adorable jeu de plate-formes basé sur la licence du Shoot Them Up et Maccross Dimension Fortress un shoot them up assez moyen mais que j’aime particulièrement pour son ambiance.

Si il y a une déception c’est bien Burning Rangers. Le jeu est à mes yeux bâclé. La Saturn fait de forts jolis effets, mais l’ensemble n’est pas très fluide ni jouable. Bilan cette vitrine technique peine à convaincre. En fin de vie c’était de toute manière trop tard. Je pourrai citer le très mauvais Sonic R et le raté Sega Touring Car également.


10-Un petit mot sur notre portail Sega Legacy ?

Il est toujours plaisant de voir des amoureux de SEGA. Moi je suis amoureux de tout avec mes préférences. J’aime l’idée de vouloir un SEGA comme avant, et c’est ce traitement que je perçois dans votre site. 

One comment

  1. Super interview ! C’est en effet dommage que SEGA, qui sortait des jeux de qualité, n’ait pas eu la puissance commercial pour les imposer et quel dommage que ces projets n’est pas eu le succès qu’ils méritent. J’ai l’impression qu’on profite plus de ses perles avec le recul que lors de leur sortie. En même temps je ne suis pas le mieux placé pour affirmer ça ^_^;)

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