20 ans de la Saturn par Frédéric Luu (Trunks)

Cette semaine, nous bouclons notre petit tour des interviews spéciales 20 ans de la Saturn avec Frédéric Luu, alias Trunks, que beaucoup d’entre nous ont connu sur Gamekult et qui officie désormais en tant que Directeur Media chez Gaming Live, la WebTV de Jeuxvideo.com. Retour 20 ans plus tôt avec Trunks pour parler de la 32 bits de SEGA, les jeux qui l’ont marqué et son analyse de l’échec commercial européen de celle-ci.

 

Que faisiez-vous en 1994-1995 ?
A cette époque j’étais lycéen et j’avais deux passions : le basket-ball et les jeux vidéo.

 

Vous souvenez-vous de la date précise à laquelle vous êtes devenu l’heureux possesseur d’une Saturn? Quel bundle ou quel premier jeu avez-vous choisi ?
Je ne me souviens pas de la date précise mais ça devait être en 1996. Çà correspondait en tout cas à la sortie de la deuxième version de la console, avec les boutons ronds sur le capot et la manette plus ergonomique. J’ai surtout enfin pu me la payer car elle était alors moins chère, à sa sortie la Saturn était absolument hors de prix ! Je l’avais payée 1490 francs dans un Score Games avec le légendaire NIGHTs intro Dreams.

 

 

Pourquoi avoir misé sur la nouvelle SEGA ?
Car je suis de l’école SEGA, c’est dans mon sang. Ma première vraie console fut la Master System et j’ai aussi beaucoup joué sur Mega Drive. A cette époque dans la guerre des 16 bits j’étais un bon soldat du hérisson. La proximité avec le monde de l’arcade m’a aussi beaucoup séduit. A cette époque les fleurons étaient Daytona USA, Virtua Fighter 2 ou Sega Rally. Jouer à ça chez moi et non à la salle du coin me rendait dingue de plaisir.

 

 

Que représentait pour vous le passage à cette génération et qu’en attendiez vous ?
Tout le monde n’avait qu’un mot à la bouche : 3D. On attendait donc des jeux 3D potables après la déception 32X. Le support CD me faisait rêver aussi avec le support du MPEG via carte dédiée et les possibilités multimédia qu’on imaginait. Au final ça n’aura pas vraiment pesé dans la balance, mais avant que les consoles ne sortent, tout cela faisait fantasmer tout le monde dans les magasines !

 

 

Voyez-vous des points communs entre la compétition que se sont livrées la Saturn et la Playstation, puis la N64, avec celle d’aujourdhui ?
Pas vraiment. Aujourd’hui les consoles sont des clones, à peu de choses près (hors Wii U), et elles sont poussées par des géants qui peuvent dépenser des centaines de millions. A l’époque, Sega était le petit poucet face à Sony ou Nintendo. Le rapport de force n’était donc pas du tout le même. Le poids des exclusivités aussi, puisqu’elles sont en voie de disparition.

 

Comment interprétiez-vous alors (c’est à dire à cette epoque), à titre personnel (ou à votre echelle), l’échec de la console de SEGA sur les territoires occidentaux et le succès, global, de la Playstation ?

Trois choses très faciles à identifier :

– Le prix : sortir la Saturn à plus de 3.000 francs (Vs PlayStation à 2099 francs) était une hérésie. Les gens qui ont décidé ça ont quasiment tué SEGA à eux seuls. Sûrement les mêmes qui ont bossé sur le Mega CD ou la 32X.
– L’absence de Squaresoft. Les années 90 étaient celles du JRPG. Sans Final Fantasy et autres, SEGA avait un sacré handicap. Il aurait fallu parvenir à convaincre Square à sortir des jeux sur Saturn, quitte à mettre la main à la poche.
– La complexité de la machine : on dit souvent que la Saturn avait du potentiel mais qu’elle était trop dure à programmer, et c’est sûrement vrai. Les jeux faits par SEGA étaient sublimes (VF2, Sega Rally), mais d’un point de vue global, la 3D passait mieux sur PlayStation. C’était plus propre, et le duel Daytona USA « clipping edition » Vs Ridge Racer a fait beaucoup de dégâts dans l’image de la console auprès du grand public.
Avec ces handicaps, il n’est pas étonnant qu’un SEGA déjà affaibli par les épisodes 32X, Mega CD, etc, n’ait pas pu tenir tête à un Sony beaucoup plus riche. La comunication de Sony était aussi beaucoup plus réussie en Europe. S’il y avait Segata Sanshiro au Japon, en occident on n’a que peu de souvenirs de la com de SEGA sur la Saturn. Rien de bien marquant en tout cas.

 

 

La réputation de sa ludothèque japonaise n’est plus à prouver. A quelle occasion avez-vous franchi le pas vers l’import ?
Je jouais quasiment toujours en import sur Saturn. J’avais une console modifiée avec switchs, idéale pour l’import et le 60 Hz. Habitant Paris je passais mon temps à faire du troc dans les boutiques de République pour trouver les jeux qui m’intéressaient en avance. Je me souviens de Blue Seed ou de Magic Knight Rayearth par exemple.

 

Pourriez vous me citer 3 jeux qui vous ont marqués à l’epoque et 3 autres découverts sur le tard. Et une déception en particulier ?
Dur de choisir mais ceux auxquels j’ai le plus joués : Panzer Dragoon (la série), Sega Rally, et TOUS les excellentissimes jeux de baston Saturn (et sa manette de rêve). Les KOF avec cartouche de RAM, les Garou, les X-Men, les Darkstalkers, les Street Alpha…. Pour ce type de jeux, c’était vraiment la machine de rêve. Un peu la relève de la PC Engine pour un certain public. Quelle injustice avec le recul qu’elle n’ait pas eu le succès, ou au moins le respect, mérité.

 

Un petit mot sur notre portail ?
Je ne connaissais pas et je viens d’y faire un tour. C’est du bon boulot. On voit que vous connaissez le sujet de façon précise et c’est toujours agréable de voir des gens parler de la Saturn. Machine trop méconnue qui était pourtant ce que les « hardcore gamers » pouvaient trouver de mieux dans la seconde moitié des années 90.

 

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