32X Retour sur une machine hybride

Si l’on feuillette les anciens magazines de l’année 94, il est amusant de remarquer sur la 32X était une véritable énigme pour la plupart des journalistes. Ces derniers ne comprenaient pas comment Sega pouvait sortir cet add-on technologique pour la Megadrive et une Saturn toute puissante. Entrant dans le cadre d’un projet appelé « Welcome to the Next Level », les deux machines allaient irrémédiablement entrer en compétition. Mais elles n’étaient pas les seules, puisque les Titan (la carte d’arcade similaire à la Saturn), la Pico (console éducative) s’apprêtaient à compléter le petit groupe. Retour sur une époque étonnante… digne d’un roman. 


En 94, l’effervescence semble totale chez Sega of Japan. De nombreux projets sont dans les cartons, à commencer par la Venus, qui n’est autre que le nom de code de la future Nomad (Megadrive portable sortie qu’aux Etats-Unis) mais également la Neptune, qui n’est autre qu’une fusion entre la Megadrive et le 32X. C’est aussi au même moment que débarque le Game Converter, un adaptateur de jeux Master System sur la Megadrive. En clair, avec tous ces noms, la firme de Haneda n’a qu’une envie : étendre sa galaxie. Pour ma part, je ne savais absolument pas que Venus était le nom de code pour cette fantastique Nomad, que je me suis procuré il y a quelques mois. Pour en revenir à la 32X, il est intéressant de se remettre dans le contexte de l’époque. Dans la course qui s’apprête à être lancée, Sega et Sony sont sur la ligne de départ, avec le constructeur américain Atari. Saturn, Playstation, Jaguar, autant de machines qui vont se tirer la bourre, laissant les consommateurs dans l’expectative et le doute. Dans ces conditions, difficile de comprendre le positionnement de la 32X (ou du), surtout à un prix de 1400 francs environ. Certes, l’add-on permet à la Megadrive d’afficher des animations nettes et fluides, ainsi que la bagatelle de 50 000 polygones mais ça fait mal au portefeuille. Le son, en revanche, à moins d’être couplé au Mega-CD, reste identique au chip Megadrive (et pour cause, le 32X ne propose que 2 canaux supplémentaires). Mais alors pourquoi ce choix ? Pourquoi vouloir imposer une 32X à un marché qui n’en a pas forcément besoin ? Voici quelques éléments de réponse…

Du côté des développeurs, les avis divergent. Chez Acclaim, l’avis « est plutôt négatif quant à l’achat d’une MegaDrive 32X ». Si l’éditeur américain estime que l’idée est bonne, notamment pour les possesseurs de MegaDrive, il fustige le prix beaucoup trop élevé. « Si l’acheteur calcule son achat, s’il n’est pas boulimique de la consommation, il penchera vers d’autres supports : Saturn ou PS-X, quitte à attendre plus longtemps ». Difficile de ne pas leur donner raison, même si en l’occurence, Acclaim prévoyait à cette époque plusieurs jeux sur 32X. Comme quoi… Même son de cloche chez Delphine Software, avec un prix qui « risque de poser un problème de taille ». L’éditeur français indique même « avoir une confiance limitée dans cette machine ». D’autres développeurs, comme Time Warner, Puissance 3 (?) ou encore Samouraï (??) estiment que l’idée est bonne, permettant aux possesseurs de MegaDrive d’obtenir un intermédiaire, la Saturn étant bien plus chère.

Chez Sega, la bonne vieille recette de communication tourne à plein régime. Patrick Lavanant, Directeur Général de Sega France à l’époque, s’était expliqué. « Sortir la MegaDrive 32 X (notez qu’à l’époque, ils englobaient la 32X et la MegaDrive) n’est pas une erreur. D’abord, parce que dix mois (séparant la sortie de la 32X à celle de la Saturn), c’est long. D’autre part, parce que l’investissement, pour celui qui possède déjà une MegaDrive, n’est pas du tout le même. Pour accéder à la technologie 32 bits, il ne dépensera que 1400 francs (sic!) pour la machine et environ 500 francs par jeu (re-sic !). De plus, il pourra continuer à jouer sur sa MegaDrive ! » Que penser ? Bon, il faut remettre les paroles dans le contexte de l’époque, mais cela donne une idée sur le flou de la situation pour les consommateurs. Dans cette interview, on apprend que la MegaDrive est prise très au sérieux par Sega, alors que la Master System s’apprête à tirer sa référence (fin de production en 95 selon les dires du monsieur), La portable en couleur, la fameuse Game Gear, continue bien entendu. Là où ça devient intéressant, c’est qu’on comprend très vite en lisant ce papier que la stratégie de Sega en occident et au Japon est totalement différente. Dans l’esprit de Sega of Japan, la 32X n’est qu’un supplément de survie à la MegaDrive, alors que la Saturn est dédiée à une nouvelle cible de consommateurs. Alors que l’Europe et les Etats-Unis (et donc Sega of America) semble miser sur le hardware, le Japon s’affaire à créer les meilleurs jeux. Daizaburo Sakurai, alors Vice-Président de Sega of Japan, s’en explique. Voici quelques phrases qui en disent long sur la politique de Sega. « La technologie 32 bits n’est qu’une boite et il faut pouvoir suivre avec un bon software (les jeux). D’ailleurs, Sega a une expérience bien plus développée que Sony, dans le domaine de l’arcade, comme dans celui du salon. Nous croyons avant tout dans le software et nous nous donnons les moyens d’en produire de qualité. » – « Nous voulons être plus qu’une simple compagnie de jeux. Notre but : devenir la compagnie d’amusement interactif leader » – « Nous aimerions bien représenter le fer de lance de la high-tech pour devenir un exemple pour tous. » – « La 32X permet au consommateur d’avoir un bon support 32 bits à moins de 150 dollars. Avec la Saturn, nous visons un public de joueurs équipés high-tech, cette classe est largement représentée au Japon » – En bref, Sega s’est totalement éparpillée, avec des machines dans tous les sens (et un flou complet pour les consommateurs) mais aussi des parcs à thèmes, des boutiques, des chaînes de restaurant, ou le Sega Channel qui n’est autre qu’un service en ligne.

Si nous n’apprenons rien de véritablement neuf dans cette petite enquête, on découvre vite que la première erreur de Sega a été de manger à tous les râteliers. Sony a porté le coup fatal avec sa Playstation et malgré une machine de rêve, la Dreamcast, le mal était déjà fait pour notre constructeur fétiche.

Personnellement, je n’ai jamais eu de 32X et d’après ce que j’ai pu comprendre, ce n’est pas une grosse perte. Pourtant, c’est une pièce qui m’intéresse dans ma collection. Quels souvenirs gardez-vous de cette bécane ? ou de cet add-on technique plutôt…

Source : CD CONSOLE N°1 et 2

Paru au préalable sur terredejeux

3 comments

  1. J’ai acheté le 32X dés sa sortie, pour le jeu Space Harrier ! Je ne pouvais pas passer a coter ^^ Comme j’avais revendu ma MD jap, j’ai racheté une MD pal, le 32X et Space Harrier ^^ Il a fallut que je fasse au moins 3 magasins pour trouver tout ça ^^

  2. Très bonne rétrospective et c ‘est bien le sentiment que j’avais eu à l’époque.

    Je ramenais ma MD au magasin d’occasion pour prendre une console 32 bits, mais quand j’ai vu que cet add-on qui avait déja chuté de prix (990frcs) , on a douté 5 minutes sur est ce qu’on continue avec la MD +32X et tous nos jeux + VF et virtua racing qui sont vraiment pas mal soit on revend tout et on a une 32 bits + 1 jeu seulement.

    ils auraient sorti le 32X moins cher ça aurait pu séduire , quant à moi ce jour là je suis reparti au final avec une Saturn + Xmen children of the Atom 🙂

  3. Chouette retour sur la (monstrueuse e)32(e)X(croissance) que j’avais déjà lu le coeur serré sur terredejeux !
    J’avais acheté la bestiole à peu près à sa sortie, en abusant d’un vice de forme dans une injonction parentale qui disait : « une console, pas plus ! C’est déjà bien assez. » Vu qu’il s’agissait d’une extension, j’avais pu rejouer la carte du MegaCD obtenu de la même façon ! J’avoue n’avoir joué dessus qu’à Doom et Virtua Racing, mais avec grand plaisir et pendant de longues heures. Aujourd’hui, je n’ai plus souvent le courage de m’embarquer dans son branchement (et d’ailleurs à l’époque je pétait des plombs à cause des câbles qui s’emboîtaient mal et faisaient que l’image sur l’écran avait une couleur crépusculaire), mais la « console » évoque toujours quelque chose d’étrange chez moi, comme une sorte d’attrait morbide.

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