Plus belle la vis – Binary Domain | Critique

On ne va pas se mentir. Binary Domain n’est pas la réussite totale tant espérée par tous les fans de Sega et de third person shooter en général. D’ailleurs, comment ne pas commencer par l’un des sujets qui fâchent ? Les doublages français. Ils sont risibles. Mais vraiment ! On nous présente un personnage d’origine asiatique, qu’à cela ne tienne, mettons lui un accent « petit chinois ». Un black ? Pas de problème, on remplace toute la ponctuation de fin de phrase par le mot « frère ». Affligeant. Le must étant cette cinématique au ton solennel. L’heure est grave, un spécialiste est là pour expliquer la situation…avec un accent qui nous rappellera le doux son des cigales, et désamorcera au passage toute la tension de la scène. Ou cette autre séquence particulièrement rythmée durant laquelle un PNJ lambda vous donnera des consignes avec un magnifique accent pour le moins cocasse. Question (con): c’est bien beau cette multiplication d’accents régionaux, mais quitte à taper allègrement dans le patrimoine, pourquoi ne pas y être allé à fond et avoir baptisé son jeu Binary Dolmen ? Oui, j’avais prévenu quant à la stupidité de mon interrogation…pendant ce temps, le doublage anglais est tout à fait correct, sans être exceptionnel, ce qui demeure amplement suffisant pour le préférer à cette atroce VF, à moins de vouloir un trip série B total et assumé bien entendu. Au niveau des voix anglo-saxonnes, on signalera la présence de doubleurs habituels de séries comme Bioshock et Mass Effect, gage d’une certaine qualité dans cet exercice (l’un des acteurs a même joué dans Santa Barbara et Universal Soldier, au top question crédibilité, je vous dis !)

LOL, un type de Marcel

A sac, l’Asie moche

Heureusement, le jeu possède tout de même des qualités, à commencer par un univers futuriste high-tech intéressant, pas forcément original, pas toujours hyper développé, mais correctement mis en avant grâce à une narration qui sait dévoiler ce qu’il faut quand il le faut. En 2080, un détachement de forces spéciales internationales est envoyé au Japon pour mettre fin aux activités illicites d’Amada Corporation, qui fabrique des androïdes à l’apparence physique et psychologique humaine, en dépit d’un traité l’interdisant. Bien entendu, le joueur aura vite fait de devoir envoyer la purée, dans un déluge d’explosions et de trous de balles – quelle étrange tournure, à la relecture ! Les rebondissements vous feront rarement décrocher la mâchoire, soyons honnêtes. Particulièrement si vous avez déjà lu quelques livres de science fiction, ou vu quelques films du même genre. Car Binary Domain mange allègrement à tous les râteliers. Ainsi, l’une des principales sources d’inspiration, de l’aveu même des créateurs, est l’oeuvre d’Isaac Asimov. Mais l’on pensera aussi à Hideo Kojima (Snatcher, Metal Gear Solid), Philip K.Dick avec « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » et son pendant cinématographique made in Ridley Scott, Terminator ou à raison, Battlestar Galactica et ses « skinjobs ». Il n’empêche que la gestion du rythme est bonne, et que le joueur capable d’occulter les défauts du jeu prendra réellement du plaisir du début à la fin (même si celle-ci tend à s’éterniser un peu, j’avoue).

Bro’farce

Le cycle des bobos

L’une des bonnes idées de la Yakuza Team (ex-Amusement Vision – ex ex AM4, faut suivre un peu  !) est l’implémentation d’un système de reconnaissance vocale. Dans Binary Domain, vous pourrez donc échanger – un bien grand mot: comprenez donner des ordres en pas plus de 3 mots – avec vos deux subordonnés…à condition bien sûr, d’avoir correctement configuré le système avant de vous lancer dans la partie. Et là, je vous souhaite bien du courage pour faire correspondre votre voix à 100% des mots. Il n’y en a pas énormément, mais l’ensemble est quelque peu foireux, et sur certaines expressions vous passerez sans doute un bon moment à pester dans votre micro (sur l’un des ordres que je tentais d’attribuer, j’ai tout de même réussi, après plusieurs tentatives, à inclure un – PARENTAL ADVISORY EXPLICIT CONTENT – «putain» au milieu ce qui a eu pour effet de valider la commande, c’est dire la précision du gadget…). Il a le mérite d’être là, dirons-nous, et apporte un peu de fraîcheur dans le milieu du TPS. Et puis vous pouvez tout à fait faire le jeu sans l’utiliser, auquel cas un basique système de choix avec les boutons du pad s’offrira à vous. Là encore c’est sommaire et c’est assez drôle d’appeler son équipier pour qu’il vous rejoigne, et l’entendre crier «par ici, vite !» tandis qu’il se rend là où vous l’attendez déjà. Les développeurs ont eu la bonne idée d’inclure un système d’affinités, un peu comme dans Mass Effect ou Alpha ProctolProtlL’autpotdecol…le jeu d’espionnage/action développé par Obsidian et également édité par Sega. Peu poussée, cette particularité est l’une des nombreuses petites idées qui ajoute au charme maladroit du jeu.

Binary-3
C’est toi qui voix…

Jeu Domain, jeu de vilains

Par ailleurs, la version PC est propre et tourne à 60 FPS. Les cutscenes sont quant à elles lockées à 30 FPS, ce qui crée un contraste tout en demeurant assez fluide pour ne pas ruiner l’expérience de jeu. Pour résumer, Binary Domain, c’est une sorte de melting pot, un buddy movie sci-fi de série B bien kitsch, qui propose avant tout des gunfights nerveux, ainsi que de nombreux boss énormes à occire façon bouchère ou façon puzzle (une paire de techniques m’ont rappelé des jeux Treasure de l’époque), selon la situation. Vous incarnez le (transparent) Dan Marshall et serez assisté par 2 partenaires (transparents), que vous pourrez remplacer à de nombreuses reprises par d’autres PNJ (tout aussi transparents pour la plupart, on est loin d’une caractérisation à la Mass Effect ou Spec Ops: The Line). Là encore, rien de révolutionnaire donc, mais les commandes répondent au doigt et à l’oeil et l’action est constante, le fun est donc bel et bien au rendez-vous, malgré de nombreuses tares, dont une IA bien souvent aux fraises. Une flopée de scènes cinématiques bien « cheesy » viendront amplifier la bonne humeur du joueur, ces dernières mêlant aussi bien action, romance, rebondissements attendus et gros WTF. En dépit de la légèreté de l’ensemble, Binary Domain parvient, par je ne sais quelle pirouette, à éveiller la conscience collective sur la notion d’humanité, au travers de la limite à fixer quant à l’évolution de la robotique, et son utilisation à des fins domestiques mais aussi militaires. Ayé, c’était la minute sérieuse mais promis, c’est fini. Un dernier petit mot sur la musique: POUIN.

Malgré une construction très linéaire et un gameplay archi-classique, Binary Domain parvient finalement à tirer son épingle du jeu dans la jungle moderne du TPS. A condition de le prendre pour ce qu’il est, à savoir un gros défouloir un brin bisseux, et de ne pas chercher à tout prix la comparaison en termes de narration ou de technique, avec les ténors du genre sortis à la même époque (au hasard, Max Payne 3…). Le titre de la Yakuza Team (à noter que sur PC le jeu a été porté par Devil’s Details) propose une alternative intéressante de par toutes les petites spécificités et idées qui parsèment le titre, mais aussi et surtout, par son habile traitement de thèmes sérieux masqués sous une couche bien grasse de fun assumé. Dans le domaine du shooter et pour n’importe quel joueur débonnaire, le binaire est dans le pré (cours-y vite, cours-y vite !)

4 comments

    1. Le doublage FR fait vraiment peur ! Ouais le scénar est correct mais en tant que third person shooter ça tient plutôt bien la route pad en mains. Tu l’avais fait en entier ou pas ?

    1. Ouais y’a comme un accent chantant dans les dialogues !
      Merci pour le petit mot. C’est pas mal du tout honnêtement, mais tu as sans doute de plus gros morceaux à faire avant ! 😀

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