25 ans passés à la vitesse supersonique | Article

Sonic m’a tout de suite plu.
Direct.
J’ai déjà raconté cette histoire, je rêvais de Master System, pour jouer à Moonwalker, mais c’est finalement une Megadrive qui a atterri au pied du sapin avec donc, Moonwalker et Altered Beast qui était fourni dans le pack à l’époque. Grâce soit rendue une fois encore à mes parents ainsi qu’au vendeur avisé qui les a orientés vers cette console qui trône encore chez moi, avec son antique autocollant (exercice de diction) Player One dessus ! On avait bien-sûr essayé la console au moment de l’achat, soit bien avant noël, juste pour être sûr que ça fonctionnait, mais pas question d’y jouer réellement, il fallait attendre, en trépignant. Oh quel plaisir cette attente interminable, dans Dune (le livre pas le (chouette) jeu (et pas le film non plus)) Frank Herbert parle de spannungsbogen, soit le délai qu’on met (en principe volontairement) entre un désir et sa réalisation. Même si pour le coup ça n’était pas volontaire, l’idée était bien là et l’anticipation rendait la chose plus délicieuse encore. Pourtant, je n’étais pas à bout de spannungsbogen cette année là ! Effectivement, j’avais vu Sonic tourner à Toys R’ Us (mon repaire à l’époque, plus chatoyant que tous les Conforama du monde) et j’avais même pu y jouer un peu avant de me faire engueuler par une vendeuse car j’étais trop près de l’écran (je suis myope aujourd’hui, ça valait bien la peine). Il faut dire que je n’en croyais pas mes yeux. La vitesse déjà, évidemment, mais aussi les graphismes stylisés de cette Emerald Hill légendaire. Les palmiers, Sonic qui se mettait en boule façon sphère bleue et lisse, ça m’avait impressionné car le jeu avait un style image de synthèse que je n’avais jamais vu alors, j’avais du mal à me dire que ça tournait sur Megadrive et qu’un jour peut-être je pourrais l’avoir chez moi. Rappelez-vous bien que jusqu’alors ma seule expérience video-ludique à la maison c’était mon vénérable CPC464. Par bonheur, j’avais fait un super premier trimestre et le travail de mon père organisait un arbre de noël. Quand il m’a demandé si je voulais choisir un jeu pour ma future console je n’ai pas mis très longtemps à dire oui. Je crois bien que c’est à la Fnac de Bordeaux que ça s’est déroulé, alors que je cherchais un jeu, mon père à nouveau me sort la boîte de Sonic. « Tu voulais pas celui là ? » Mais oui ! bien-sûr que je le voulais ! Et il fut embarqué.

Il y eut un soir, il y eut un matin.

L’arbre de noël eut lieu, je déballai mon précieux jeu sans surprise mais avec avidité (en réalité en l’ouvrant très lentement et soigneusement, comme je fais toujours avec les paquets cadeaux) et je n’eus plus qu’à attendre le vrai noël pour pouvoir y jouer. Mais en attendant je n’ai pas arrêté d’observer la boîte sous toutes ses coutures. J’ai reproduit le dessin de Sonic à plusieurs reprises et je me souviens avoir trouvé ce fond d’illustration (la version européenne) très classe avec ses personnages presque en filigrane. Immédiatement je m’attachais d’une affection toute particulière pour ce cher vieux Dr Robotnik (un personnage que j’adore encore et toujours) qui avait un côté très personnage de Tetsuka avec ses moustaches. Sonic me faisait penser à un personnage de cartoon à l’ancienne, un peu Félix le Chat sur les bords, d’ailleurs je n’avais pas compris tout de suite qu’il s’agissait d’un hérisson. J’ai bien évidemment lu la notice en long et en large, français et anglais, et même si je trouvais le terme de « formidable attaque supersonique » un peu pompeux, je m’émerveillais des dessins des ennemis que je reproduisais soigneusement à leur tour. Je contemplais la cartouche, humait son odeur d’électronique et de plastique neuf inimitable encore présente à mon esprit. Rassurez-moi et dites moi qu’on l’a tous fait, s’il vous plaît ! En cela j’initiai la tradition de la lecture de notice, souvent dans la voiture, qui revenait comme un rituel à chaque nouveau jeu, car oui, je lisais les notices contrairement à beaucoup de mes camarades à l’époque.

Il y eut un soir, il y eut un matin.

Et puis noël est venu. L’embarras du choix pour savoir à quoi jouer parmi ces trois jeux que j’avais reçu. Première télé dans ma chambre et le début de longues nuits à jouer avec le casque avec le volume le plus bas possible, jusqu’à des heures avancées, c’est à dire jusqu’à minuit parfois ! Si Moonwalker et Altered Beast m’ont tenu éveillé bien longtemps, Sonic se situait tout de même un cran au-dessus. J’avais conscience qu’à ce moment précis, Sonic était ce qui se faisait de mieux dans le genre. Ses graphismes (je donnais beaucoup d’importance aux graphismes à l’époque) modernes avec ses effets de pseudo synthèse (les demi-boules piquantes de Starlight Zone), sa vitesse ahurissante et ses loopings ! Le jeu fourmillait de merveilles, étincelait comme une pierre précieuse lorsque Sonic était invincible, la musique fantastique me berçait (Starlight Zone encore, quelle merveille), ou me poussait à l’action (Green Hill Zone, Scarp Brain Zone) et les pièges me faisaient rager tant et si bien que j’inventais des paroles injurieuses sur l’air de Spring Yard Zone. Je vous épargne ces paroles, qui de toutes façons ne conviennent pas à un large public, soyez rassurés. Un mot sur la musique justement, Nakamura n’a-t-il pas fait un travail fabuleux ? Lui qui n’était pas issu du monde du jeu vidéo impose une bande son emblématique, imparable avec des structures proches de vrais morceaux pop. Une astuce de mise en scène particulièrement efficace et marquante fait que les musiques des niveaux commencent avant le début de ce niveau, pendant l’écran noir, ce qui plonge directement dans l’ambiance le joueur impatient d’en découdre avec les robots qui emprisonnent tous ces mignons petits animaux (Flicky !). Je note aussi au passage les superbes lignes de basse, et les percussions très emphatiques qui donnent un côté épique au moment où l’on gagne une vie ou, et surtout, lors des affrontements avec Robotnik. Cet épisode, avec Sonic 2, possède en effet un des thèmes de boss les plus marquants qu’il m’ait été donné d’entendre, dramatique, épique et pompeux, surtout quand on considère l’apparence de cet adversaire rondouillard. Et je tiens à évoquer également tout le sound design emblématique de la série avec une mention particulière à l’iconique son des anneaux, du plus bel effet avec la stéréo si vous jouez au casque (le son alterne à gauche et à droite quand vous récupérez ces précieux « rings »).

Mais bon, au début, j’étais un peu nul à Sonic. Pourtant, avec sa maniabilité impeccable malgré l’étonnante physique du jeu, il n’appartient qu’au joueur de s’appliquer et d’arriver à la fin. Je n’y suis bien évidemment pas parvenu du premier coup, mais à cette époque, et venant des jeux CPC, la défaite n’était qu’une péripétie, nullement une fin. Et pour m’aider au début, il y a eu une grande découverte pour moi les cheat-codes ! Qui a oublié le haut, bas, gauche, droite A+B+C+Start ? Pas moi. Sur CPC si on voulait tricher, il fallait entrer dans le code du jeu, ici, une petite manipulation, entre exercice d’adresse et rituel kabbalistique, permet de faire à peu près ce qu’on veut. D’abord, choisir son niveau et explorer les environnements qu’on n’a pas eu la chance d’explorer encore. Pour moi c’était un truc de malade, inimaginable jusqu’alors. Ensuite, Sonic disposait même d’un debug mode accessible avec un code un poil plus complexe mais dans lequel je passai un temps considérable à essayer de construire mes propres niveaux. On pouvait y dupliquer tous les éléments d’un stage, ennemis, anneaux, plate-formes… Ca ne donnait rien de bien transcendant au final, mais c’était pour moi une source infinie d’amusement. Quand enfin je me suis remis sérieusement au jeu, je l’ai finalement terminé lui aussi, avec une fierté certaine. Résultat, trois jeux sur Megadrive, trois jeux terminés ! 100% de réussite ! Ah et on me demanderait pourquoi mon CPC avait fini tout en haut de l’armoire avec son ratio d’à peu près 0% de réussite !

Qu’en reste-t-il ? Charmé par Emerald Hill Zone (zone de la colline verte en vf), j’avais été happé par l’ambiance (et cette musique encore) de Marble Zone (zone de marbre) et ses pièges rebutants au premier abord. J’ai toujours été un peu rebuté par Spring Yard Zone (zone de coup de ressort !) dont l’ambiance en demi-teinte s’est considérablement affirmée et améliorée avec la Casino Night Zone de Sonic 2. Comme tout le monde j’ai piqué ma crise et même hurlé dans Labyrinth Zone (zone labyrinthe), son impitoyable timer et ses maudites bulles qui ne veulent jamais sortir quand il le faut ! Heureusement, et je sais que cette impression est partagée, Star Light Zone (zone des étoiles lumineuses) venait apaiser mes humeurs sur une musique inoubliable et un retour en force des pointes de vitesse, à condition de faire attention au vide ! Enfin, Scarp Brain Zone (zone de laboratoire) ajoutait un cran supérieur à la difficulté avec même un retour sous l’eau (violette cette fois) juste avant la Final Zone. J’hallucinais comme jamais devant le psychédélique niveau bonus et sa musique en forme de berceuse (où je collais aussi des paroles obscènes parfois). Parcourir ces niveaux était à la fois suffisamment ardu pour que le challenge existe, mais avec le côté abordable apporté par le système d’anneaux que tout le monde connaît, le jeu était également tout à fait possible à terminer en s’y attelant avec un minimum de sérieux.

Désormais, j’ai un affect particulier avec ce jeu. Sonic, le premier donc, n’est pas mon Sonic préféré (ceux qui ont suivi savent que c’est Sonic CD), ni celui que je considère comme le plus réussi (là c’est incontestablement Sonic 2 qui est une pure merveille au coeur de laquelle je peine à trouver des défauts). Néanmoins, c’est celui auquel j’attache le plus de souvenirs, ceux de ma découverte naïve et enthousiaste du monde de Sega, des moments si particuliers où j’attendais impatiemment de pouvoir jouer à un jeu convoité de longue date, ces lectures attentives des notices et ma passion à venir pour les trucs et astuces que je scrutais systématiquement dans mes magazines favoris. Sonic a 25 ans, j’ai du mal à y croire, tant le moindre tintement d’anneau me replonge instantanément dans cette période dorée de Sega et, oserai-je le dire, de ma vie.

Au fait, un ami te souhaite bon anniversaire Sonic !

Robotnik Birthday

4 comments

  1. Ah les pochettes et notices de jeux vidéo ! Quel souvenir… Je ne me souviens pas avoir reniflé leur odeur mais je les emportais avec moi en vacances (faute de pouvoir prendre une console) et je les regardais/lisais sans arrêt. On est à la limite du fétichisme là, non ?

    1. Chacun trouve son plaisir là où il veut, il faut bien avouer que j’en ai reniflé de la cartouche ! Pour ma part j’aurais jamais osé les prendre en vacances de peur de les abîmer ou pire, de les perdre ! Heureusement qu’en vacances, souvent, il y avait les bornes !

Leave a Reply