Decap ou pas cap ?

Oh il y en a des personnages emblématiques chez Sega ! Des mascottes légendaires qui se sont peu à peu retrouvées dans les tréfonds de l’oubli chez les moins segafans d’entre nous, Wonderboy, Opa Opa, Alex Kidd ou même Psycho Fox (là on se rapproche) ont un temps postulé au statut de figure de proue avant même que ne déboule le hérisson bleu connu sous le nom de… euh, ah oui Sonic. Mais qui se souvient encore de Chuck D. Head ? Et bien il est temps de prendre pelle et pioche pour aller déterrer notre héros oublié.

Il ne sera pas question ici de parler de la curieuse mutation du titre au gré du temps et des localisations, beaucoup d’autres sites en ont parlé mieux que je ne le pourrais. Posons juste le fait que le jeu qui nous intéresse aujourd’hui est en fait l’héritier d’une vertigineuse série de conversions allant de Kid Cool sur NES, en passant par l’excellent Psycho Fox sur Master System pour arriver en occident à Decap Attack, et au Japon à Magical Hat no Buttobi TaboDaibōken tiré d’un manga du fameux Studio Pierrot. Je ne m’étendrai donc pas sur les aléas d’une telle lignée développée par Vic Tokai, mais sachez que dans tous les cas, le système de jeu est identique, les changements s’opérant au niveau du background et donc, des personnages ainsi qu’à quelques détails comme la gestion de l’énergie par exemple.

Sensualité, Chuck la star du pole dance

Ah quel personnage que ce Chuck D. Head ! Pensez-donc, il s’agit d’une créature monstrueuse, assemblage de diverses parties anatomiques réalisé par un savant fou du nom de Dr Franck N. Stein (super original). Notre monstre a donc été fabriqué à la va-vite afin de contrer le terrible Max D. Cap qui tente vaguement de conquérir un monde dont chaque continent rappelle une partie du corps humain, et ce, en une ignoble symétrie inversée avec le Dr, en le désassemblant ! Ni une ni deux, notre vaillant cadavre ambulant se lance dans l’aventure, utilisant ses tripes et sa tête afin de triompher de ses fourmillants adversaires.

Littéralement.

Ses tripes et sa tête.

Car oui, dans ce jeu de plate-forme complètement farfelu (oui utilisons des expressions du XVIe siècle) nous dirigeons un personnage qui frappe au corps à corps avec une sorte de tête aux yeux exorbités, propulsée au niveau du ventre de la créature par de puissants intestins. Très vite, on pourra dégoter une tête supplémentaire, un crâne grimaçant aux mimiques constantes, qui viendra se poster sur les épaules jadis vides de notre héros et que nous pourrons lancer à l’envi sur nos adversaires. Coup de chance, le crâne dispose d’une fonction boomerang, et finira toujours par revenir, à moins qu’on ne subisse un dégât, auquel cas il disparaîtra le temps qu’on en retrouve un tout neuf. Bon, sinon, comme dans tous les jeux, ou presque, on peut sauter sur la tête des adversaires, pourvu qu’ils ne soient garnis de piquants, pour en trois coups, les zigouiller.

Mais ce n’est pas la seule chose qui viendra en aide à notre bien aimé Chuck.

En plus de ses capacités hors du commun, le cadavre ambulant peut compter sur les potions du bon Dr Frank N. Stein cachées dans des idoles un peu partout dans les niveaux. On y trouve des potions de saut, de puissance, d’invincibilité, d’arrêt du temps et même de quoi balancer une bonne boule de feu à la face d’un boss trop énervé. Des cœurs supplémentaires, et encore palpitants, des vies et des pièces de monnaie pourront également être découverts dans ces mêmes idoles. Chacun des continents est divisé en 3 niveaux, c’est classique, et à la fin de chaque continent nous attend un boss qui, une fois battu, nous laissera le passage vers la suite du jeu ( à condition bien-sûr d’avoir trouvé un objet unique sans lequel il faudra recommencer le niveau). Entre chaque continent, un jeu bonus nous est proposé, une sorte de loterie où on dépensera les pièces qu’on aura trouvées pour augmenter ses chances de gagner un item, une potion ou des vies supplémentaires.

Rien de très original à première vue, malgré un univers bizarre et quelques mécaniques amusantes. Et c’est justement le cœur du problème. **Decap Attack** n’a rien de bien nouveau à apporter, son ambiance est plus foutraque que décalée, car les monstres issus de l’imaginaire horrifique (loups-garou (sans slip), fantômes…) sont plutôt rares et on affrontera surtout des grenouilles, des poissons, des pingouins, des créatures bleues ou vertes qui lancent des flèches (ce qu’elles sont ? je n’en sais rien) et même, tremblez… des canards ! Les boss heureusement sont plus amusants, très cartoon, ils demanderont un peu de concentration pour en venir à bout (sauf le crapaud géant du deuxième niveau qu’on peut tout simplement snober plutôt que de le combattre).

La musique quand à elle reste sympathique, un peu dissonante pour provoquer un ton décalé sans doute, punchy et entraînante alors que les bruitages sont au service minimum. L’animation du héros est par ailleurs particulièrement réussie, les grimaces du crâne sont très bien rendues ainsi que l’air ahuri de la tête qui se cache dans ses entrailles à chaque fois qu’elle frappe, mais pour les autres sprites, il faudra repasser. Autre chose singulière, quand le personnage vient de sauter, appuyer frénétiquement sur la touche de saut lui permet de continuer à « voleter » et de parcourir des distances non négligeables, si bien qu’on peut même parfois traverser de très grandes parties du niveau. C’est pratique, mais un peu inintéressant, on survole ainsi littéralement l’aventure, même si celle-ci n’a rien de passionnant. Autre bizarrerie, pour regagner de l’énergie, Chuck peut récupérer des cœurs dont le nombre maximal peut augmenter (on imagine très bien le mort-vivant avec le poitrail rempli de ces petits muscles battants à tout rompre) mais on peut également tenter d’en récupérer en sautant au sommet d’étranges poteaux constitués de petites boules rouges qui se décolorent à mesure qu’on en draine la vie…

Afin de pimenter un peu l’action, d’atroces et anxiogènes niveaux à scrolling forcés font leur apparition ça et là. Chuck se trouve poursuivi par une machine infernale ressemblant à un totem géant qui dévore le décor au fur et à mesure, un contact et c’est la (re)mort !

L’atroce totem du niveau 3

Avec son univers complètement bariolé et bordélique, Decap Attack a une patte particulière, pas spécialement toujours agréable à l’œil mais néanmoins reconnaissable, seule l’ambiance délirante et grand-guignolesque empêche le jeu de tout à fait passer inaperçu. Générique dans son système, pas trop difficile si on se débrouille bien et qu’on tire parti des items, Decap Attack se révèle amusant en début de partie puis de plus lassant et même franchement longuet. Il n’en reste que notre bon vieux Chuck D. Head, personnage finalement attachant et atypique (il avait bénéficié d’une BD rien qu’à lui à l’époque !). Son jeu n’a hélas pas été à la hauteur de son charisme d’outre-tombe, ce qui est bien triste pour un personnage qui avait tant de cœurs à revendre.

PS : un lien vers Hardcore Gaming 101 avec toutes les comparaisons entre les différentes versions ainsi que le lien vers Guardiana qui présente l’ensemble des versions Mega Drive.

Reverend-Z

4 comments

  1. Excellent article cher Révérend, ma culture MD étant à faire (hormis quelques classiques) c’est toujours un plaisir de lire tes interventions qui ont à chaque fois le don de me donner envie de chopper le titre en question ^^

  2. Merci à toi pour ce test à que de souvenirs..
    Je me souviens avoir eu Magical Hat no Buttobi Tabo! Daibōken bien longtemps avant et je ne savais pas que c’était une conversion volontaire de vic tokai, je regardais pas qui était derrière, je me suis dit ouh la c’est quoi ce vieux pompage d’un jeu déjà pompé sur psycho fox.. Donc il ne m’a pas marqué plus que ça pour ces raisons mais le jeu n’est pas mauvais en soi, juste correct, et sûrement plus appréciable si on découvre et on ne connait pas l’historique.

Leave a Reply