Pour toi Michelle, une histoire de Thor | Article

Pour toi Michelle.

J’ai découvert la Légende de Thor en même temps que les calissons d’Aix. Oui, c’est une introduction abrupte et incongrue mais elle a non seulement le mérite d’exister, d’être tout à fait vraie, et surtout d’avoir un côté intrigant qui, je n’en doute pas, vous fera vous tenir au bord de votre siège, couverts de sueur face à un tel suspense quant aux révélations qui vont en découler.

Remettons-nous dans le contexte si vous voulez bien.
Nous sommes  à l’hiver 1995, la neige ne tombe déjà plus trop et le jeu est sorti depuis mars de la même année. Moi, fier jeune Révérend de 16 ans (faire le calcul est un blasphème sachez-le), j’use toujours mes jeans sur la moquette un peu kitsch d’une chambre d’ado bordélique à jouer à la Mega Drive, je n’ai pas de mobylette mais j’ai du poil au menton et, si je ne crois plus au Père Noël, je lui ai quand même commandé La Légende de Thor. Heureusement, et comme souvent, j’avais été exaucé, au milieu de trop de cadeaux, trônait le jeu, dans son écrin et ses « 10 cartes à collectionner exclusives » ainsi qu’une boîte de nougats de Montélimar assortis de calissons d’Aix. Ce jeu m’avait déjà été largement vendu par les critiques élogieuses et les screenshots un peu partout, et c’est tout naturellement qu’il s’est retrouvé sur ma liste, prêt à rejoindre Landstalker dans mon cœur pour faire une rime.

Un Révérend heureux !

Je croyais connaître le jeu avant d’y jouer, mais l’expérience s’est révélée plus forte encore que je ne l’aurais imaginé. Déjà, le jeu commence par une intro qui vaut son pesant de… calissons, épique et agréablement bien traduite en bon français. On est loin des « c’étrait vide » ou des «Zak le Droguiste » de chez Landstalker, au hasard. Ensuite, lorsque ça commence on se rend très vite compte que ça va être grandiose. A l’animation fluide et plutôt détaillée, se greffent des graphismes somptueux, aux couleurs habilement choisies pour pallier sans broncher aux limites de la console et une bande son à se damner offerte par un Yuzô Koshiro tout en finesse. Évidemment à l’époque je ne savais pas qui était ce Monsieur, ça ne m’avait pas empêché d’adorer immédiatement.

Thor et à travers ?

Un petit peu oui, car d’où vient ce titre de Légende de Thor ? Ben on n’en sait rien. Avec son titre vikingesque, le jeu se situe plutôt dans une sorte d’ambiance Mille et une Nuits avec un Prince Ali (oui, c’est bien lui) blondinet qui n’a rien à envier à son collègue Axel Stone de Streets of Rage. Ce n’est pas pour rien que la team Ancient est derrière tout ça. Accompagné de 4 esprits, et armé de son bracelet en or (qui permet entre autres de les invoquer) il va devoir retrouver son homologue au bracelet en argent qui sème le chaos à travers le Royaume d’Oasis ! Pas de Thor, pas d’Odin, pas de bière ni de casque à corne, on ne se sent peut-être pas floué car le jeu est magnifique mais tout de même, comment ce titre est-il venu sur le tapis (volant) ? Le mystère reste entier et le scénario quoique très classique révèlera quelques petits rebondissements que je me garderai bien de révéler même après toutes ces années.

Emmènemoi danser ce soir.

Et pour ce qui est de la danse ça y va. Issu de l’ADN d’Ancient, Thor se révèle être autant un action RPG qu’un Beat’em Up. Les vagues d’ennemis se succèdent et pour s’en débarrasser notre bon Prince Ali va devoir jouer des pieds et des mains, mais aussi des lames et des flèches et ce non sans l’utilisation de combos destructeurs. Oui, des combos, et même des coups spéciaux. Plusieurs armes sont disponibles mais seul le poignard de base est à usage illimité. Les autres armes sont quant à elles sujettes à une usure assez rapide limitée à 20 ou 50 coups en général (mais il existe des armes spéciales bien cachées). C’est un peu comme un Streets of Rage où on finit par perdre notre tuyau en fonte à force de tabasser des punks. Ici, on usera nos lames sur des hommes rats, des ogres, des blobs, des guerriers armés de façon diverses, de chevaliers, de sorciers, de zombies et même de raptors adeptes d’arts martiaux, et j’en oublie !

Un autre temps… le guide Mega Force mis en classeur par un Révérend très scolaire.

L’esprit Thor dû.

Ce qui fait le cœur du jeu, et j’en ai parlé un tout petit peu plus haut, ce sont les esprits. Dytto pour l’eau (rien à voir avec Beth), Effreet le feu (qui ressemble à une version énervée du génie d’Aladdin), Shade pour l’ombre avec sa silhouette particulièrement réussie et Bow pour la nature, plante carnivore de son état. Chacun des esprits se verra libéré par le joueur au fur et à mesure de son aventure et pourra ensuite être invoqué afin de lui prêter main forte. Pour ce faire, c’est le rayon émit par le bracelet en or qui prendra tout son sens, activé sur un élément, il invoquera l’esprit correspondant. Parfois ça sera très simple (l’esprit de l’eau), parfois il faudra ruser en utilisant une explosion pour appeler l’esprit du feu avec le bon timing, ou dénicher les miroirs qui permettront d’appeler Shade. Chacun des esprits à son propre panel de pouvoirs. Dytto peut congeler les ennemis d’une bulle, soigner le joueur ou créer un tourbillon peu puissant mais qui causera des dégâts à tous les ennemis de l’écran. Effreet peut cracher du feu, se changer en boule de feu ultra rapide (ce qui permettra dans un mini jeu caché de remporter des objets inédits) ou carrément exploser en furie qui crame tout ce qui bouge. Cet esprit cogne également les adversaires sans qu’on ait besoin de le lui demander ce qui tue les zombies en un seul coup par exemple, pratique à certains endroits envahis de morts-vivants. Shade agit dans l’ombre (oh oh oh) en se plaçant en double du héros juste derrière lui, et c’est lui qui encaissera les dégâts en entamant la jauge de magie au lieu de celle de vie, il peut également permettre à Ali d’entrer en transe, immobile, tandis que son double activera un mécanisme. Enfin, Bow, en plus de pouvoir bouffer du méchant, peut casser les grilles ou exploser en un nuage de spores toxiques pour mieux repousser plus loin. Ah les joies des boutures !
On ne peut appeler qu’un esprit à la fois, et c’est la jauge de magie qui détermine la durée de leur présence auprès du héros. S’il prend trop de dommages ou si on a trop puisé dans ses pouvoirs, il disparaît et il faudra consommer suffisamment de nourriture en lien avec cette jauge pour pouvoir en rappeler un autre. Sachez par contre, que cette jauge se régénère peu à peu toute seule à condition d’être à l’air libre.
De quoi faire donc, et les surprises sont nombreuses dans les différentes possibilités liées aux esprits.

Il n’y a pas à Thortiller.

Car presque tous ceux qui auront mis la main sur ce jeu prodigieux vous le diront, Thor tue ! C’est une sorte de jeu somme, car Thor pille ça et là les styles beat’em up et action rpg qui s’épousent à merveille, le tout avec une des directions artistiques les plus fantastiques de la console, et même de cette génération. Certains passages sont mémorables comme le combat contre l’immense dragon ou l’affrontement avec le golem. On se plaît à explorer chaque recoin pour découvrir les nombreux secrets et récupérer toutes les gemmes qui renforcent les pouvoirs des esprits. Même si le jeu n’est pas très long, ni trop difficile, avec peu de passages de type puzzle ce qui évitera de rester coincé trop longtemps où que ce soit, il reste rejouable encore aujourd’hui (ce qui m’arrive souvent). Il bénéficie en outre d’une fonction de sauvegarde libre tant qu’on se trouve hors d’un donjon. Quelques heures, entre 4 et 10 selon qu’on prenne son temps ou pas suffisent à vivre une aventure digne des meilleures du genre, qui exploite les capacités de la Sainte Mega Drive du mieux possible.
Si à cela on ajoute que les calissons d’Aix, avec leur pâte de melons confits et d’amandes pilées à la texture moelleuse et gourmande déposée sur une fine couche de pain azyme, nappée d’une glace royale croquante, sont un délice, on aurait réellement Thor de s’en priver, il me semble.

Note : Suite à ces jeux de mots intempestifs et d’aussi mauvais goût qu’un vieux nougat de Montélimar oublié sur la plage arrière d’une 205 junior en plein soleil, je m’engage à écouter Michelle Torr en boucle jusqu’au prochain article.

Bonus : le lien vers le magazine Mega Force contenant le guide !

6 comments

  1. Encore un article Top de notre cher Reverend, chapeau bas. Ce jeu est vraiment excellent est m’a également marqué. D’une part c’est un des premiers jeux (pour moi) qui proposer une sauvegarde (avec Sonic 3). Ce qui était tout nouveau pour moi. Ensuite, il propose un mélange très équilibré d’aventure, de baston et un soupçon de RPG qui rend le tout extrêmement prenant. On ressent vraiment la prise de niveau quand on retourne dans la plaine qui entoure le village et le château. On dégomme les ennemis en un coup. Que dire concernant les esprits surtout D’Efreet est sa carrure légendaire au poing d’une efficacité remarquable.
    tu as gagné, je vais le refaire prochainement

Leave a Reply