Shining Resonance Refrain sonne faux

Manger ses morts, est-ce bien raisonnable ?

Shining Resonance Refrain… Il fut un temps où la simple évocation du mot « Shining » dans un titre de jeu SEGA laissait place à tout un tas d’émotions positives relatives aux souvenirs laissés par les Shining Force, The Holy Ark, Wisdom… Ce spectre émotionnel a depuis changé radicalement en même temps que SEGA et sa politique éditoriale.

Sur la vingtaine de jeux estampillés « Shining » à ce jour, rares sont les nouveaux opus à réussir à nous faire frémir encore aujourd’hui et il faut généralement se tourner vers l’émulation et/ou l’import pour jouer au « Shining » d’autant plus que la série ne sort plus de l’archipel depuis belle lurette (1998 pour l’illustre Shining Force III scenario 1 sur SEGA Saturn PAL et NTSC-U).

C’est dans ce contexte que SEGA nous propose une édition du jeu de Media.Vision titré Shining Resonance et affublé pour l’occasion du suffixe Refrain ajoutant un mode dont nous reparlerons. Le jeu d’origine étant sorti sur PlayStation 3 fin 2014 et s’étant exprimé plutôt correctement pour un produit de sa gamme au box office tout en ne sortant pas du Japon comme expliqué plus haut (67.000 exemplaire selon Media Create). SEGA a donc du se dire que son titre avait un potentiel encore inexploité en dehors de l’archipel, ce monde extérieur, peuplé de gaijin qui aiment les animes japonais avec jolies filles et la fantasy. Les portages Steam ayant le vent en poupe chez l’éditeur, c’était l’occasion ou jamais de faire revenir les Shining à moindre coût.

Pour rappel, chez Media.Vision, on aime souffler le chaud et le froid puisque les gars sont auteurs de bons titres (comme les premiers Wild Arms ou encore Valkyria Chronicles III sur PSP) et d’autres particulièrement ratés (plus ou moins le reste de leur production). On pressent donc en ce studio une grosse bande de Yes-men qui produisent des jeux en fonction de cahier des charges diffusés par l’éditeur et pour un budget ténu.

Yuma marre !

Dans Shining Resonance Refrain, vous incarnez Yuma, un héros au cheveux violet et au pouvoir dormant du type « Ben moi, si je veux, je peux me transformer en dragon ». Nul doute que personne ne devait essayer de lui voler son flamby à la cantine à celui-là…

« Bonjour, je cherche le charisme, vous en avez ? »

Les méchants en costume sombre (brrr) veulent récupérer son âme draconique et celles d’autres humains de son genre pour sauver le chef des méchants vieillissant par un procédé parfaitement logique fantasy-quement parlant. Les gentils en costume claires et colorés eux (enfin, « elles » devrais-je dire), sont gentils (gentilles donc) et aiderons Yuma en le poussant à devenir un homme, un vrai : les doutes, la timidité, les problèmes de confiance en soi, c’est pour les faibles et lorsque que l’on porte l’âme d’un dragon, on se doit d’être fort.

Graou, je suis un puissant dragon en HD !

Bref, on a des méchants plus stéréotypés les uns que les autres et des gentils organisés autour du héros en harem que vous pourrez draguer parce que vous êtes un winner en devenir et que Rinna, Kirika, Sonia et Excella ne sont ici que pour émoustiller vos sens (et pour vaguement filer un coup de main en combat). Il y a bien des compagnons hommes mais leur intérêt est encore moindre (RIP Lestin & Jinas).

Oh, un papillon !
Mon armure est trop petite.

Il est pas Shiny !

Techniquement, le jeu n’a pas grand-chose à vous offrir. C’est un jeu PS3 moyen, ni plus ni moins. Le passage à la PS4 lisse les textures mais le tout reste graphiquement pauvre et/ou vide. On peut aimer le design des persos mais il faut être très bon client pour ne pas remarquer le manque de précision des animations. Par contre, les temps de chargement eux sont peu nombreux, c’est un moindre mal compte tenu de ce que le jeu nous propose, mais c’est toujours ça de pris.

Prend ça, pourriture de… tortue-plante-insecte qui n’a rien demandé ! Je vais te tuer, toi et tes 3728 congénères du coin !

Le jeu s’organise autour d’une seule et unique ville/hub qui vous permettra de compter fleurette à ces demoiselles et d’être missionné par la marchande de primeur du coin pour explorer une zone lointaine à la recherche d’un légume légendaire (ceci est un exemple).

« Qu’entends-je ? Des monstres beaucoup trop forts bloquent le chemin vers le potager mystique ? Qu’à cela ne tienne ! Je prends deux pin-ups et mon dragon sous le bras et je m’en vais les rosser ! » (Voilà peu ou prou ce que je lisais à chaque énoncé de quête)

Quitte à se retrouver à faire grinding concon pendant des heures pour réussir (enfin) à exterminer la chimère overpétée de fin de zone…

Le gameplay de Shining Resonance Refrain offre tout un tas de possibilités au mieux inopérantes et même parfois inexpliqués (les liens entre personnages par exemple), au pire désagréable à l’usage comme ce merveilleux bouton qui permet de courir en ligne droite mais qui impliquera que votre héros fasse quelques pas pour s’arrêter au moment où vous relâcherez la pression sur le dit bouton, par soucis de réalisme je suppose. Ces quelques pas réussissent à eux seuls à ruiner l’action que le joueur effectuera le plus souvent dans le jeu : courir. Cela n’a l’air de rien, mais foirer la course dans un simulateur de marche à pied est un parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire un Action-RPG en 3D.

Au final et malgré la foule d’option qui donne la fausse impression que le jeu est profond, on se retrouve en combat à marteler un bouton et en ville à passer les dialogues.

La réponse D.

 

Refrain, vraiment ?

En démarrant le jeu, vous aurez le choix de suivre l’aventure classique ou alors en mode Refrain, à savoir la nouveauté de cette édition…

Alors, fermez les yeux et imaginez des méchants plutôt gentils, ceux qui croient réellement à ce qu’ils font, qui ont un rêve, qui sont des gentils en costumes sombres, qui pendant l’aventure se rendront compte de la vilénie des vrais méchants. Des personnages qui, la nature détestant le vide, deviennent souvent et par défaut les personnages les plus charismatiques de la narration. C’est bon, vous les avez en tête ? Maintenant, imaginez que vous les intégrez au casting initial du jeu. Ils changent donc de camp. C’est toujours bon ?

Maintenant, imaginez que vous ne changez RIEN au jeu tout en ayant intégré ces faux méchants au groupe des gentils. Cela donne des scènes ubuesques où *jolie-méchante* se bat contre *jolie-méchante* sans complexe et sans aucune explication supplémentaire. Tout cela n’a aucun sens.

Voilà, vous avez pigé. Vous pouvez donc prendre votre suspension consentie d’incrédulité, la plier en tout petits carrés et jeter le tout dans le barbecue le plus proche.

 

Par le pouvoir des buffs musicaux, je te punis !

 

Shining Resonance n’était pas un bon jeu, Shining Resonance Refrain n’est pas non plus un bon remix. Il s’agit toujours d’un jeu moyen perclus d’éléments qui vous feront lever les yeux au ciel en jurant, cette réédition se permet même le luxe de casser la narration dans un mode dédié véritablement incompréhensible. Au bout de quelques heures passées dans les steppes peuplées de vilains champignons vénéneux ou dans la ville à tenter d’entrevoir une petite culotte (que vous ne verrez jamais) en draguant des filles trop peu farouche, on comprend rapidement que la cible commerciale du jeu correspond au mâle, japonais, hétérosexuel, dans sa prime adolescence et jouant à un Action-RPG pour la première fois de sa vie. Rayer une seule mention vous fera sortir à jamais de cette cible et vous pourrez tranquillement retourner prier pour l’annonce d’un Shining Force IV sur Saturn 2 en musique et sans refrain.

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