Fist of the North Star, la presque critique

Voilà, c’est l’heure de la critique d’Hokuto no Ken PS4 ou Ken le survivant (de l’enfer) ou Hokuto ga Gotoku… Ce jeu que l’on nous annonce comme étant une skin version apocalyptique de la série Yakuza. Aussi, je vous propose d’être mon ami trentenaire qui me pose des questions.

« Ouais, j’adore Ken, c’était génial le Club Do ! Mais c’est quoi Yakuza ?' »

Ken et les jeux vidéo, c’est une longue histoire de je t’aime moi non plus. Beaucoup de jeu, des problèmes de droit d’exploitation de personnage, des titres moyens ou mauvais… Le parcours de la licence de Buronson et Tetsuo Hara aura pour le moins été chaotique. Lorsque SEGA nous annonce Fist of the North Star développé par le studio Ryû ga Gotoku, l’espoir de voir l’étoile du nord briller (encore) pouvait renaître (un peu). Les premiers tests import balayèrent bien vite nos espoirs de voir arriver un bon jeu.

Lorsque l’AM4, devenu Amusement Vision puis plus récemment Ryû ga Gotoku Studio produit ou commande un spin off à la série Yakuza, c’est souvent moyen. Yakuza Kenzan fut le premier titre Yakuza à sortir sur PS3 en 2008. Techniquement moyen puisque basé sur le moteur de Yakuza 2 (PS2) à peine upgradé, le jeu n’avait pas réinventé l’eau chaude et s’était beaucoup appuyé sur son ambiance médiéval pour séduire (un peu). Ensuite arriva Yakuza Dead Soul qui reprenait une phase de gameplay tournée autour des combats de Yakuza 3 pour en faire un jeu complet mais avec des zombies à défoncer en lieu et place des mafieux et autres crapules à Kamurocho. Le jeu était globalement laborieux. Je passe sur les épisodes PSP sympa mais tellement repompés sur les jeux PS2 qu’il s’agit plus d’un reskin que de nouveaux jeux à part entière et sur Yakuza Ishin que je n’ai pas eu l’occasion de faire.

Du coup, à l’annonce de Fist of the North Star, spontanément, j’étais sceptique… Je ne suis pas un fan de l’anime (FR ou VO), je n’ai jamais lu le manga, Mad Max ne m’évoque rien (si ce n’est le premier film)… Bref, pour moi, Hokuto no Ken est une japonisation de nombreuses références occidentales qui ne m’émeuvent pas vraiment. MAIS… j’adore la série Yakuza, ses quêtes principales démesurément complexes, ses activités folles, ses quêtes annexes ridicules et débilement méta.

 

 

« Bon, tu lances le jeu là ? »

En guise d’intro, le joueur commence par latter la tronche de Shin et nous n’en sommes qu’au tutoriel. Bon au moins, ça c’est fait. Cela permet également de sortir d’entrée de jeu la narration de la continuité originelle et c’est tant mieux, on évitera ainsi les incohérences. On avance et hop, on tue deux ou trois molosses qui menaçaient des enfants. Le ton est posé : Ken est un gentil, il cherche sa promise (encore), sa famille à de gros problèmes en matière de gestion de la colère et il fait exploser les gens avant même qu’il ne s’en rendent compte.

Spoiler alert, la princesse est dans un autre château.

Ken se retrouve alors rapidement dans une ville inspirée de Mad Max 3 à faire très exactement ce qu’il doit faire à savoir tuer des gens méchants dans l’espoir que l’un d’eux lui raconte avoir croisé une femme du nom de Yuria. Dans sa quête vengeresse, il rencontrera des figures connues des lecteurs et spectateurs et d’autres inventées pour l’occasion. Les personnages connus faisant essentiellement de la figuration (hors boss). Les nouveaux personnages sont réussis et respectent les canons graphiques et la direction artistique des derniers films plus « moderne » que le manga. Et pourtant le jeu est d’une tristesse graphique à se pendre malgré un traitement graphique appuyé… C’est le désert après l’apocalypse nucléaire, forcément, c’est moins joyeux et funky qu’un Kamurocho by night… Mais du coup, se balader dans la ville, activité principale de ces simulateurs de marche à pied que sont les Yakuza, est ici une pratique bien monotone. On sent que l’équipe a souhaité coller au plus près à la direction artistique et être fidèle à l’œuvre tout en maintenant un chapelet de contraintes liées au jeu. C’est parfaitement louable, mais le résultat pose autant de problème qu’il en résout.

 

« Il avait une bagnole Ken ? J’ai du louper un épisode ! »

Parfois, Ken devra sortir de la ville pour… piloter une voiture à 400 km/h dans un désert incroyablement désert. Le but de ces sorties ? Ramasser des pièces pour fabriquer des talismans que le joueur équipera et activera en combat pour booster diverses aptitudes. Ces phases sont probablement les plus pénibles vues dans le genre depuis longtemps : c’est vide, injouable, lent et lorsque vous rencontrez une horde de vilains, ils seront 40 au bas mot… Inspirée encore de Mad Max, nous sommes devant LA fausse bonne idée du jeu.

Quand t’es dans le désert, depuis trop longtemps…

 

« Mais, le jeu, est-ce qu’il est fun ? »

Si Yakuza brille par son humour installé avec brio (et grosses ficelles), Ken ne bénéficie pas du même traitement. Licence oblige, les tentatives de ridiculiser le héros monolithique sont quasi inexistante. C’est idiot mais Ken fait la gueule en permanence et même les activités annexes comme le bar où l’ont doit servir des cocktails ne rend pas le personnage plus… attachant. Ken est chiant à mourir, là où Kiryu est régulièrement ridiculisé dans des scènes qui rendent ses moments épiques ou émouvants d’autant plus forts que le héros est malgré tout humain. Ken, c’est Jésus dans le sketch des Inconnus ou pire…

Les quêtes n’ont pas grand chose non plus à offrir sur ce plan là. C’est morne, triste et souvent sans enjeu notable. L’intrication des quêtes annexes étant inexistante, on enchaine les missions sur ce mode : Je vais vers le point rose sur la map, j’attends la fin de la cutscene pendant 5 minutes, je vais vers le point rose sur la map, je bute le mec le plus gros en vitesse, j’attends la fin de la cutscene. Et voilààààààà, direction le prochain point rose ! Le tout pendant un vingtaine d’heures en ligne droite.

 

« Bon ok, mais les combats, il est bien le système de combat ? »

Oui. S’il y a quelque chose qui arrive à surnager dans ce Fist, c’est son système de combat et dans un moindre mesure son système de sphérier d’attributs et compétences déjà plus classique.

 

Les combats sont plutôt fluides et s’enchainent sans déplaisir. Les finish moves, eux sont plus redondant et si faire exploser des types au pif sans jamais salir sa chemise est amusant les premières fois, la pratique devient vite gonflante dans la mesure où ces séquences sont bien trop longues et cassent trop souvent le rythme. Heureusement, vous pouvez éviter d’activer ces finish moves rapidement.

Marrante la première fois, ces explosions vont vite vous gonfler, lol.

 

Hokuto no Ken est basé sur un précédent moteur de Yakuza légèrement mis à jour. Les améliorations notables de Yakuza 6 et Kiwami 2 passent donc à la trappe et le jeu semble plus old school de tous les points de vue : déplacements, animations, combats, chargements, caméra… Si ce n’était que ça à limite, le jeu serait encore largement recommandable aux plus courageux et complétistes d’entre nous… Mais plus grave, le jeu est également terriblement old school en matière de game design et de level design : les phases en voiture hors-sujet et pénibles à jouer à un point que la manette peut parfaitement vous tomber des mains est un exemple, mais je pourrais aussi évoquer les cinématiques loooooooongues comme un dimanche en famille qu’on ne peut passer… Bref, le jeu est l’incarnation du « Meh » vidéoludique. Une montagne de fausses bonnes idées. Fist of the North Star n’est qu’un jeu de commande pour une équipe B avec un budget insuffisant et probablement peu de temps de développement et une direction probablement bicéphale. Il peut passer à condition de ne pas le payer le prix fort, d’aimer les dégradés orange/jaune et les fockin cutscenes/dialogues interminables.

 

En bonus, 10 minutes du jeu enregistrées par mes soins.

 

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